La pensée de Epeli Hauʻofa traverse profondément la pratique artistique de Hinatea Colombani et Moeava Meder. Pour Hauʻofa, l’Océanie n’est pas un ensemble d’îles isolées, mais une vaste civilisation relationnelle fondée sur les circulations, les échanges et les continuités culturelles.
Cette vision résonne directement avec le travail du duo autour du tapa. Pour eux, le tapa dépasse le statut d’objet patrimonial : il devient une archive vivante où se rencontrent plantes, gestes, récits, cosmologies et mémoires océanniennes.
À travers le TAPA REVIVAL et le AUTE REVIVAL, leur démarche ne cherche pas simplement à préserver une tradition. Elle vise à réactiver un système de connaissances : replantation du mûrier à papier, expérimentation des teintures végétales, transmission des gestes de battage et inscription du tapa dans l’art contemporain, la performance et la recherche.
Dans cette perspective, le tapa devient un espace de réécriture contemporaine. Chaque fibre porte les traces des territoires océaniens, mais aussi les tensions actuelles du Pacifique : héritages coloniaux, mutations écologiques ou transformations culturelles.
Pour le duo, être artistes contemporains océaniens signifie habiter un espace mouvant : entre mémoire et mutation, entre rituel et expérimentation, entre transmission et invention. Cette idée résonne profondément avec leur pratique : leurs tapa ne représentent pas seulement l’océan ; ils sont traversés par lui.
Les fibres circulent, les pigments voyagent, les gestes se transmettent, les corps performent et les voix activent la mémoire. Le tapa devient alors une fréquence océanienne contemporaine.
À travers leurs œuvres, leurs performances et leurs recherches, Hinatea Colombani et Moeava Meder affirment une Océanie vivante, capable d’inventer ses propres formes contemporaines et de projeter ses imaginaires vers l’avenir.







