La palette développée par Hinatea Colombani et Moeava Meder s’inscrit dans une réactivation contemporaine des savoirs chromatiques précoloniaux polynésiens. Produites à partir de terres volcaniques, de suies, d’écorces, de plantes tinctoriales, de minéraux et de fibres naturelles récoltés localement, leurs couleurs émergent d’une relation directe au territoire et aux cycles du vivant.
À travers leur pratique du tapa, la couleur cesse d’être décorative pour devenir une matière politique, sensorielle et mémorielle. Chaque teinte agit comme une archive vivante : les noirs profonds évoquent les puissances invisibles et les mondes ancestraux ; les ocres et rouges ferrugineux rappellent les terres insulaires, les migrations océaniennes et les systèmes rituels anciens ; les blancs naturels des fibres ouvrent des espaces de silence et de respiration.
Le duo revendique volontairement une palette organique, mouvante et non standardisée, à l’opposé des logiques industrielles héritées de la modernité occidentale. Cette instabilité fait partie intégrante de l’œuvre. Elle affirme une pensée océanienne où la matière demeure vivante, traversée par le temps, l’humidité, le geste et les éléments.
Leur palette devient ainsi un acte de souveraineté culturelle : une manière de réhabiter l’Océanie depuis ses propres matières, ses propres rythmes et ses propres cosmologies.