Expo Vaiei Tupuna – Adam Art Gallery Te Pataka Toi – Wellington Nouvelle-Zélande

À travers Vaiei Tupuna, une nouvelle génération d’artistes et de praticiens du tapa venus de tout Moana Nui affirme avec force que le tapa n’appartient pas au passé : il demeure une pratique vivante, en mouvement, capable de porter les récits et les visions contemporaines de l’Océanie.

Présentée entre les collections de Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa et de Victoria University of Wellington, l’exposition rassemble des œuvres historiques, des commandes contemporaines et des réponses artistiques inspirées par des objets conservés dans les collections muséales. Plus qu’une exposition, Vaiei Tupuna agit comme un espace de réactivation : un dialogue entre les ancêtres, les matériaux, les artistes et les institutions.

Le nom de cette exposition, donné par Sarah Vaki maîtresse tapa des Marquises originaire de Fatu Hiva, peut être traduit comme « l’héritage de nos ancêtres ». Une formule qui résume parfaitement l’intention curatoriale du projet : faire circuler les savoirs du tapa au présent afin de prolonger leur transmission vers le futur.

Au cœur de l’exposition apparaît la figure de Poeatua, princesse de Ra‘iātea représentée en 1785 dans l’un des premiers portraits d’une femme autochtone du Pacifique à circuler en Europe. Son image traverse l’exposition comme une présence tutélaire. Reliée généalogiquement à Hina, divinité associée au tapa dans de nombreuses cosmologies polynésiennes, Poeatua devient ici le symbole d’une mémoire réactivée, d’une histoire réinterprétée depuis des perspectives océaniennes.

Cette présence affirme également une volonté profonde : relire les archives coloniales autrement. Non plus seulement comme des traces figées dans les musées occidentaux, mais comme des surfaces encore capables de parler, de transmettre et d’activer des connaissances.

Dans cette dynamique, le tapa cesse d’être perçu comme un simple objet ethnographique. Il redevient une matière relationnelle : une peau de mémoire, un territoire de transmission, un langage contemporain.

Parmi les artistes invités figurent notamment Hinatea Colombani et Moeava Meder, Sarah Vaki, Pauline Reynolds, Sue Pearson, Doron Semu, Dalani Tanahy ou encore Liviana Qaranivalu. Chacun·e propose une approche singulière du tapa tout en participant à une conversation océanienne plus vaste autour des savoirs ancestraux, de la continuité culturelle et des futurs autochtones.

À travers Vaiei Tupuna, les artistes rappellent que le tapa n’est pas seulement un héritage à préserver. Il est une force vivante. Un souffle encore en circulation à travers Moana Nui. Et une manière, aujourd’hui encore, de parler avec les ancêtres tout en imaginant les formes du futur.