Biennale Révélations – Grand Palais – Paris

La renaissance du tapa tahitien sous la verrière du Grand Palais

Sous l’immense verrière du Grand Palais, au cœur de Paris, les fibres du Pacifique ont retrouvé la lumière naturelle. En mai 2025, Hinatea Colombani et Moeava Meder participent à la Biennale internationale Métiers d’Art et Création Révélations, événement majeur consacré aux métiers d’art et aux pratiques de création contemporaines.

Invités au sein du parcours Le Banquet, aux côtés d’artistes venus d’Asie, du Pacifique et des Outre-mer français, le duo présente plusieurs œuvres en tapa réalisées à Tahiti dans le cadre de leur démarche autour du tapanisme. À leurs côtés, Miriama Bono développe également un travail autour des fibres végétales, du papier et des imaginaires botaniques océaniens.

Cette présence au Grand Palais marque une étape symbolique dans le parcours de Moe et Hinatea. Après plus de deux siècles d’effacement dans l’archipel des îles de la Société, la culture du aute (mûrier à papier) et la fabrication du tapa connaissent aujourd’hui une véritable renaissance à Tahiti grâce à leur travail de recherche, de transmission et de création.

Leur démarche repose sur une approche globale du tapa : culture des plantes textiles, fabrication des outils, battage des fibres, préparation de pigments minéraux et végétaux 100 % naturels et création de motifs ancrés dans les réalités contemporaines océaniques. Chaque œuvre présentée au Grand Palais porte ainsi la mémoire complète du processus de fabrication, depuis la terre jusqu’à l’espace d’exposition.

Sous la lumière traversante de la nef parisienne, les œuvres révèlent une présence presque organique. Ici, le tapa n’est pas une simple surface décorative. La matière elle-même devient langage. Les fibres absorbent la lumière, les pigments naturels vibrent doucement et les textures révèlent les gestes invisibles du battage et du temps. Là où la peinture traditionnelle repose souvent sur l’image, le tapa impose avant tout la puissance sensible de la matière.

Les œuvres de Hinatea et Moe se distinguent notamment par la profondeur de leurs noirs obtenus à partir du ti‘a‘iri, les rouges issus du mati ou les jaunes tirés des racines de noni ou de la terre. Déployés sous forme de grandes tentures, de rouleaux ou de compositions suspendues, les tapa présentés à Paris déplacent le regard porté sur cet art longtemps réduit à une lecture ethnographique ou artisanale.

Pour le duo, cette participation à Révélations dépasse largement la reconnaissance artistique. Elle agit comme une réaffirmation culturelle : celle d’un savoir océanien capable de dialoguer avec les grandes scènes internationales tout en restant profondément ancré dans les plantes, les territoires et les gestes traditionnels.

« Comment le patrimoine et les traditions peuvent-ils devenir un langage du présent ? » Cette question traverse toute leur démarche. Pour Moe et Hinatea, il ne s’agit pas de reproduire des formes anciennes, mais de partir de racines solides pour inventer de nouvelles écritures visuelles et sensibles.

À Paris, au milieu des grands métiers d’art internationaux, le tapa tahitien retrouvait ainsi sa place non comme relique du passé, mais comme matière contemporaine capable de parler au monde entier. Une présence silencieuse mais puissante, rappelant l’importance du vivant, du sensoriel et de la mémoire des matières dans une époque souvent déconnectée de l’organique.

Cette aventure au Grand Palais fut également profondément humaine. Aux côtés de Miriama Bono, de Dach & Zéphyr, de feu Georges Coran et des autres créateurs, le duo a découvert un espace de dialogue rare entre territoires, pratiques et sensibilités artistiques.

Moe et Hinatea expriment également leur gratitude envers Gaetan Deso pour son engagement curatorial, ainsi qu’envers Romain Juilha pour sa vision et son accompagnement en tant que commissaire général de l’exposition. Ils remercient également leurs partenaires et soutiens : Air Tahiti Nui, la Mission des Affaires Culturelles de Polynésie française, le Service de l’artisanat traditionnel, Vini, Eimeo, Kaya Créations, Tahitian Secrets et le Centre Culturel ‘ARIOI.

À travers cette présence au Grand Palais, le tapa tahitien s’inscrit désormais dans une dynamique internationale de réactivation culturelle. Non comme une survivance nostalgique, mais comme une matière vivante capable de porter les futurs océaniens.