Hotu Lune à l’autre – Maison de la culture – Tahiti

Une traversée artistique entre lunes, matière et mémoire vivante

À peine revenus de la Biennale de Sydney, Hinatea Colombani et Moeava Meder présentaient à Tahiti, aux côtés de Miriama Bono, l’exposition HOTU — Lune à l’autre, à la salle Muriāvai de Te Fare Tauhiti Nui.

Pensée comme un espace de dialogue entre matières, pigments naturels et récits océaniens, l’exposition réunit plus d’une trentaine d’œuvres explorant les cycles lunaires, la fertilité, les cosmologies polynésiennes et les relations entre humains, plantes et territoires. Entre tapa, toile, teintures végétales et gestes expérimentaux, HOTU propose une immersion sensible dans un univers où les matières deviennent porteuses de mémoire.

L’histoire de cette collaboration débute en 2017, lorsque Miriama Bono, alors directrice du Musée de Tahiti et des Îles, rencontre Hinatea autour de projets culturels et de transmission. Très vite, une complicité profonde se crée autour d’une même volonté : rendre la culture accessible, vivante et en mouvement. Au fil des années, cette relation artistique s’élargit naturellement au travail développé par Moe et Hinatea autour du tapa revival et des savoirs liés aux matières vivantes.

Dans l’intimité du Centre Culturel ‘ARIOI à Papara, les trois artistes développent progressivement un véritable laboratoire d’expérimentation autour des pigments naturels et des supports. Chaque semaine, les échanges donnent naissance à de nouvelles recherches : réactions du noni, du mati, du ti‘a‘iri, du tou ou encore du re‘a Tahiti sur le tapa et la toile, variations de textures, transformations chromatiques imprévisibles. Une pratique presque alchimique où les matières deviennent mouvantes et vivantes.

Au cœur de cette démarche, le rôle du duo Moe et Hinatea apparaît essentiel. Tandis qu’Hinatea développe les dimensions narratives, symboliques et performatives des œuvres, Moe ancre le projet dans une relation profonde à la terre et aux cycles naturels. Culture des aute (mûriers à papier), fabrication des outils de battage, préparation des pigments et confection des étoffes : chaque étape de fabrication fait partie intégrante de leur démarche artistique. Le tapa n’est pas simplement utilisé comme support ; il est pensé comme une matière vivante traversée par les mémoires des plantes, des gestes et du territoire.

HOTU marque également une étape importante dans leur parcours. Pour la première fois, Moe et Hinatea présentent au public polynésien un ensemble de pièces de tapa entièrement réalisés par leurs soins : de la plantation des fibres jusqu’à l’ornementation finale des œuvres, en passant par le battage des étoffes et la fabrication des teintures naturelles à partir de plantes et de minéraux locaux. Une approche globale du tapa qui inscrit leur pratique dans ce qu’ils nomment aujourd’hui le « tapanisme » : une vision reliant création, écologie, transmission et réactivation des savoirs océaniens.

Les œuvres présentées dans HOTU dialoguent ainsi entre elles comme des fréquences sensibles. Les lunaisons, les étoiles, les cycles du vivant et les figures organiques traversent les compositions dans une esthétique où tradition et langage artistique actuel se rencontrent sans hiérarchie.

Mais au-delà de l’exposition elle-même, HOTU révèle surtout une manière de travailler fondée sur la relation humaine, le partage et l’expérimentation collective. Une pratique où la création devient un espace de transmission et où les savoirs ancestraux ne sont pas conservés comme des vestiges du passé, mais réactivés comme des forces capables d’habiter pleinement le présent.

L’accueil particulièrement fort reçu à Sydney puis à Tahiti auprès d’artistes, collectionneurs, spécialistes des arts océaniens et du public local a confirmé l’importance de cette démarche portée par Moeava Meder et Hinatea Colombani : faire du tapa une archive vivante du Pacifique, ouverte sur les futurs océaniens.